Après les feux de Valdurenque : ce que 600 hectares brûlés changent pour les pros du secteur
Le feu est parti le 24 juillet d’un bâtiment de Payrin-Augmontel, poussé par le vent d’autan sur une végétation desséchée. En quelques heures, il a parcouru le plateau du Causse et traversé les communes de Valdurenque, Lagarrigue et Caucalières. Le bilan communiqué par la préfecture : près de 600 hectares brûlés, environ 500 habitants évacués, deux maisons et deux hangars détruits, jusqu’à 330 sapeurs-pompiers mobilisés. Aucune victime. Valdurenque reste la commune la plus durement touchée par les flammes.
C’est le plus gros incendie qu’ait connu l’ancienne région Midi-Pyrénées cette saison, et il s’est produit à quelques kilomètres de Castres. Pour les professionnels du secteur, artisans, exploitants, commerçants des communes touchées ou voisines, le temps de l’urgence laisse place au temps des vérifications. Voici ce qu’il faut regarder, dans l’ordre.
Un point de méthode d’abord : l’incendie n’est pas une catastrophe naturelle au sens des contrats
Le réflexe fréquent après un événement de cette ampleur est d’attendre un arrêté de catastrophe naturelle. Pour le feu, ce réflexe est le mauvais. Le régime des catastrophes naturelles est conçu pour les périls difficilement assurables, comme les inondations ou les mouvements de terrain liés à la sécheresse. L’incendie, lui, relève des garanties de base des contrats : c’est la garantie incendie de votre multirisque, professionnelle ou habitation, qui joue, sans attendre aucun arrêté. Concrètement : on n’attend rien pour déclarer.
Pour ceux qui ont subi des dommages directs
Bâtiments, hangars, matériel, stocks, clôtures, récoltes sur pied selon les contrats : la déclaration doit partir vite, avec photos, et sans évacuer les biens détruits avant le passage ou l’accord de l’expert. Les frais engagés dans l’urgence, relogement, gardiennage, bâchage, se conservent en factures. Et un poste est systématiquement sous-estimé dans les premiers jours : l’arrêt d’activité. Les jours de fermeture, les commandes perdues, les charges qui continuent de courir relèvent, lorsqu’elle existe au contrat, de la garantie des pertes d’exploitation. La chronologie précise de l’interruption, tenue jour par jour, est la pièce qui fera la différence dans le dossier.
Pour les véhicules
Un véhicule professionnel brûlé ou endommagé par les fumées et projections relève des garanties dommages du contrat auto, selon les formules souscrites. Le point de vigilance concerne les flottes et les véhicules anciens assurés au minimum : c’est le moment de vérifier ce que couvre réellement chaque carte verte du parc, pas ce qu’on croit qu’elle couvre.
Pour tous les autres, et c’est le vrai sujet
La leçon de Valdurenque dépasse les communes touchées. Un habitant du secteur le résumait dans la presse : tout a brûlé cette fois, mais ce type d’épisode reviendra. Trois vérifications valent pour tout professionnel installé en lisière de zone boisée ou de friche, et le bassin castrais-mazamétain en compte beaucoup.
Un : les capitaux assurés sur les bâtiments correspondent-ils au coût de reconstruction actuel, matériaux et normes d’aujourd’hui, et non à une estimation d’il y a dix ans ? Deux : le débroussaillement autour des bâtiments, qui est une obligation légale dans les zones exposées, est-il réellement fait ? Au-delà de l’obligation, c’est un élément que l’assureur peut examiner après sinistre. Trois : la garantie des pertes d’exploitation existe-t-elle au contrat, et couvre-t-elle une durée d’interruption réaliste ? Une activité qui met huit mois à redémarrer avec une garantie calibrée sur trois mois reste cinq mois sans revenus.
Ce qui presse, ce qui attend
Pour les dommages du feu : déclaration immédiate, sans attendre un quelconque arrêté, photos et factures à l’appui. Pour tous les autres : capitaux à jour, débroussaillement fait, pertes d’exploitation calibrées. Cet incendie s’est arrêté aux portes de Castres. La prochaine saison sèche, elle, reviendra.
— Synthia Yapo, Castres